L’amour de la lecture

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Par Simone Marot

Publié dans « Le Lien » • Edition 2023

Depuis toujours, j’ai aimé les livres. Cela a commencé avec « Bibiche » que me lisaient mon frère et ma sœur aînée (respectivement 11 ans ½ et 8 ans de plus que moi). Cela a continué avec les ouvrages de la « Bibliothèque Rose » puis de la « Bibliothèque Verte » qu’ils avaient lus avant moi. Ensuite, il fallait constamment acheter de nouveaux livres, en moyenne un par semaine…

Au lycée, bien sûr, je me suis passionnée pour les cours de littérature. Nous avions la chance d’avoir d’excellents professeurs qui, en nous enseignant chaque auteur, savaient faire revivre pour nous toutes une époque avec son histoire, ses mœurs. Montaigne, Voltaire et Rousseau, Diderot, Chateaubriand, et beaucoup d’autres. J’avais une préférence très nette pour Pascal.

Sur un mode plus léger, ma meilleure amie m’a fait découvrir les aventures d’Hercule Poirot, puis celles du « Mouron rouge » (1), lord anglais qui, sous des déguisements multiples et au prix de dangers inouïs, faisait des allers et retours incessants entre l’Angleterre et la France pour venir sauver des aristocrates français menacés par la Terreur.

Trois ouvrages ont été très importants pour moi, à tel point que je les ai lus et relus pendant 20 et même 30 ans ; « Le Grand Meaulnes » d’Alain Fournier, « Terre des Hommes » de Saint-Exupéry et « le livre de San Michele » d’Axel Munthe, écrivain beaucoup moins connu. Médecin suédois installé à Paris, il était très à la mode dans les années 1900 et soignait aussi bien les duchesses que les protégés des Petites Sœurs des Pauvres. Grand amateur d’art, il s’était pris de passion pour Capri sur laquelle il avait fait construire, près des ruines du palais de l’Empereur Tibère, la Villa San Michele « dans laquelle entraient le vent, le soleil et la mer… ». Littéralement fascinée par ce récit autobiographique imprégné d’humanisme et de poésie, j’ai souhaité passer des vacances sur la côte amalfitaine, face à Capri, dans l’unique but de visiter la villa San Michele. J’avais fait le trajet en voiture depuis Paris mais, pour se rendre à Capri, la seule possibilité était le bateau. Des visites guidées étaient organisées tous les jours à partir d’Amalfi. Je n’avais pas d’autre choix que de m’inscrire à l’une d’elles. On nous a fait découvrir toutes les merveilles de Capri… mais pas la villa San Michele. J’étais extrêmement déçue et plongée dans une grande in compréhension. Celle-ci a pris fin quelques années plus tard lorsqu’a été diffusé à la télévision un reportage consacré à quelques villas célèbres, dont la villa San Michele. Celle-ci n’était accessible que par un chemin de terre qui, de plus, était une voie privative. Celle-ci desservait aussi d’autres villas beaucoup moins connues mais qui, en leur temps, avaient accueilli divers personnages célèbres. J’ai enregistré ce documentaire et l’ai conservé précieusement.

Outre ces trois écrivains, je me suis intéressée successivement à beaucoup d’autres, Graham Green avec « le fond du problème », Franck Slaughter avec « Afin que nul ne meurt », Morris West et « les souliers de Saint Pierre », Modiano, Amin Maalouf, Nina Berberova que j’avais découverte grâce au film « l’Accompagnatrice » qui était inspiré d’un de ses romans, Andreï Makine avec  « le testament français »… Pour chacun de ces écrivains, j’ai souhaité lire la quasi-totalité de ses œuvres en les recherchant dans diverses bibliothèques et en achetant beaucoup.

Après avoir découvert « Gatsby le Magnifique » de Scott Fitzgerald, j’ai voulu lire également « Tendre est la nuit ». Cet ouvrage n’étant plus réédité depuis longtemps, je me suis inscrite tout spécialement à la bibliothèque de garnison de Versailles qui détenait des quantités de livres anciens. Ensuite, je me suis orientée vers la bibliothèque de la ville de Versailles, de facture plus moderne, qui occupait une surface considérable. On pouvait y trouver pratiquement tout ce qu’on voulait. J’habite maintenant Fontenay-sous-Bois qui dispose d’une médiathèque de taille nettement plus réduite et dont les ambitions littéraires sont plus modestes. J’ai repris l’habitude d’acheter moi-même les livres qui m’intéressent.

Ma plus récente découverte a été celle d’une série de romans humoristiques écrits par le très sérieux Jean-Christophe Rufin, médecin humanitaire et académicien. Ayant été Ambassadeur de France au Sénégal, il a souhaité rendre compte de son expérience. Toutefois étant tenu au secret professionnel, il lui a fallu modifier le nom des lieux, des personnages ainsi que de toutes les dates. Pour faciliter sa démarche, il a inventé le personnage du Consul de 2ème classe Aurel Timescu dont l’allure et le comportement sont toujours extravagants. Grand amateur de vin de Tokay qui lui rappelle sa Roumanie natale, il le commande par caisses entières et le consomme sans modération, tout en jouant sans relâche sur le piano-bar dont il ne s’est jamais séparé. Cela lui permet de trouver l’inspiration pour résoudre les affaires difficiles dont il s’est saisi lui-même à l’insu de ses supérieurs hiérarchiques. Son intelligence brillante, si bien dissimulée par les apparences lui permet de percer les secrets les mieux cachés et les plus dérangeants, pour les personnages douteux qui l’environnent.

Je continue à suivre toutes sortes d’émissions littéraires afin de m’informer sur les écrivains actuels.

J’espère que ce récit relativement long et très personnel ne vous aura pas lassés. Le bonheur que j’éprouve à lire était si grand que j’ai souhaité vous le faire partager.

On a coutume de dire qu’un livre est un ami. Pour moi, cela a toujours été réellement le cas.

(1) Personnage créé par la Baronne ORCY